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Qu'est-ce que la phobie sociale ?



En 1903⁠, Pierre Janet introduit le terme de phobie sociale dans son ouvrage Les obsessions et la psychasthénie. Autrefois considérée comme la « peur de rougir »⁠, la phobie sociale est une peur intense, prolongée et anticipée de se trouver dans des situations où d’autres personnes vont porter un regard sur nous. Cette peur du regard et de ce jugement peut être provoquée lors de situation dîtes « compétitives », tel un oral lors d’un entretien d’embauche, d’exam ou d’un discours mais lors d’interactions sociales quotidiennes telles que la rencontre avec des inconnu.e.s ou bien d’être le centre d’attention de son groupe d’ami.e.s ou de sa famille.

Palpitations, gorge nouée, tremblements des mains ou des jambes, contractions musculaires, vertiges sont autant de symptômes qui vont empêcher la personne de mener la bien leur oral ou simplement de passer un bon moment.

Parfois, il peut arriver que nous soyons sujet à des attaques de panique et que la peur d’être à nouveau confronté à de telles situations nous pousse à toujours anticiper nos réactions, à limiter nos sorties quotidiennes, à éviter les lieux publics dans lesquels un grand nombre de personnes peuvent se trouver.


Comment s’exprime l’anxiété sociale ?

L’anxiété sociale s’exprime dans différents domaines de la vie quotidienne et il est possible que certaines personnes redoutent l’ensemble des situations présentées ci dessous :

- Les situations de performances : Présentation orale, jouer d’un instrument de musique en public ou être acteur d’une pièce de théâtre, ne pas pouvoir être observé quand nous travaillons.

- Les situations d’observation : Peur de rougir, de croiser le regard d’autrui, de gêner les autres par sa présence.

- Les situations d’interactions sociales : dire bonjour à son voisin de palier, se mettre à bafouiller au lieu de réussir à dire une banalité ; pouvoir être en mesure de parler de soi, de se présenter, de raconter un événement qui nous a marqué ; être capable de donner son opinion, ses désaccords.

- Les situations d’affirmer de soi : Savoir dire non, ne pas s’écraser lors d’un conflit, accepter les refus et être capable d’émettre des demandes.

Quand certain.e.s personnes choisiront d’éviter certaines situations ou de ne plus fréquenter certains lieux, d’autres tenteront d’adopter un affrontement anxiogène : Reconnaissance de certains lieux des jours avant un oral, apprentissage par coeur de phrases « toutes faites », utilisation de boules anti stress, etc.

Ces deux types de stratégies ne permettent cependant pas aux personnes de pouvoir être totalement à l’aise quand des situations sociales se présentent. Au contraire, quand dans un cas, les stratégies d’évitement peuvent amener à un isolement totale, la recherche de nouvelles stratégies devant permettre de faire face peut augmenter l’anxiété (sur-anticipation de nouvelles situations, dévalorisation en cas d’échec d’une des stratégies adoptées, etc.).


Diminuer son anxiété sociale ?


Si la confiance que nous accordons à notre psychologue est fondamentale, il peut-être encore plus difficile pour une personne souffrant d’anxiété sociale de contacter un professionnel. « Est-ce que je vais être jugé.e ? » ; « Que faire si je n’arrive pas exprimer ce que je ressens ? » ; « Comment contacter le ou la psychologue ? ».

Si le contact direct et le premier rendez-vous vous intimide, une première prise de contact par mail est toujours possible, ce type d’échange vous permettra de pouvoir poser vos questions sereinement et d’établir ce premier lien de confiance. Lors du premier RDV, le ou la psychologue que vous rencontrerez devrait normalement porter une attention toute particulière à vos difficultés.

L’objectif sera de permettre aux personnes de mieux gérer leurs angoisses et de dépasser leurs difficultés sociales. En interrogeant les cognitions, nous pourrons identifier les pensées automatiques et questionner leurs croyances : « Je suis convaincu.e que les autres savent que je suis stressé.e et cette pensée m’obsède… Du coup… Je rougis encore plus. Et comme je sais que je rougis, j’ai des palpitations ».

Il peut également être utile d’accompagner les personnes à mieux appréhender leur comportements : apprendre à dire bonjour, à regarder une personne dans les yeux…


Un accompagnement bienveillant et adapté permet va permettre d’identifier les situations angoissantes, de comprendre les processus de pensée en jeu lors des interactions avec d’autres individus. La mise en place de dispositifs d’observation ou d’exposition va permettre petit à petit, avec le soutien d’un.e psychologue de réaliser concrètement les progrès réalisés.

Petit à petit le niveau d’anxiété diminuera, la confiance en soi augmentera et échanger avec d’autres personnes sera (à nouveau) agréable.



Janet P. (1993). Les Obsessions et la psychasthénie, Paris, Alcan.

American psychiatric association (1980).Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder, 3e éd., Washington, APA.

André, C. et Legeron, P. (1995). La Peur des autres, Paris, Odile Jacob.

Bouvard, M. et al. (2011). Protocoles et échelles d’évaluation en psychiatrie et psychologie, 5e éd., Paris, Masson.

HAS (2010). Troubles anxieux graves, actualisation novembre, Haute Autorité de la santé.

Rusinek, S. et al (2013), Traiter l’anxiété, 11 cas pratiques enfants et adultes en TCC, Paris, Dunod.

Servant, D. (2002). Soigner les phobies sociales, Paris, Masson.