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Qu'est-ce qui constitue notre identité ?

Voilà une question qui se pose surement depuis la nuit des temps à toutes et à tous. Sommes-nous aujourd’hui ce que nous espérions être quand nous étions petit ? Ais-je construit mon identité seul.e ou bien au contraire ne suis-je que la construction de la société ?


Dans ce petit article nous allons tenter d’aborder la notion d’identité :


Phénomène complexe dont il n’est pas forcément évident de répondre car notre identité, si elle est individuelle s’est également construite dans le social, notre famille, nos amis, nos relations amoureuses et amicales et plus largement notre ou nos cultures d’appartenance, la société avec ses normes et ses valeurs.



Dès lors, notre identité serait-elle seulement purement sociale et non construite par nous même ?


Nous faisons tous au quotidien l’expérience de notre vie, nous prenons des décisions, nous pensons, nous éprouvons des émotions, nous nous sentons singulier et nous renvoie à la notion de Soi définie par Mead en 1934 comme un « ensemble de caractéristiques que la personne s’attribue elle-même et qui lui permettent de se reconnaitre et de s’évaluer positivement ».

C’est dans notre expérience quotidienne, dans la confrontation avec autrui que nous construisons notre propre idée de nous-même, la manière dont nous nous percevons et nous singularisons. En effet, chaque jour nous adoptons nos conduites en fonction de nos interlocuteurs, nous ne sommes pas le même face à nos amis que face à un inconnu ou à des collègues de travail. Nous adaptons notre discours, notre comportement, nous prenons conscience de nous même en prenant en compte les effets que nos paroles et nos actes auront sur nos interlocuteurs.

Notre identité personnelle est à la fois subjective et objective ou prescrite : nous avons une manière de nous penser qui est propre à nous même (sentiments, pensées, représentations), nous avons des attentes qui nous sont propres. Cependant nous faisons également partie de catégories sociales qui nous sont assignées en fonction de notre âge, notre genre ou des contextes.


Dès lors, si notre identité personnelle nous permet de nous distinguer, notre identité sociale nous permet de nous insérer dans un ou des groupes de références avec lesquels nous pourront partager des caractéristiques communes. Ces groupes ont pour fonction de nous insérer mais également de nous donner une identité sociale positive, de nous valoriser en tant qu’individu au sein d’un groupe.

Nous cherchons à intégrer des groupes qui correspondent à nos attentes et nos motivations, ces mêmes groupes vont en retour conforter les représentations que nous avons de nous même. Si notre identité personnelle vise à l’autonomie, notre identité sociale à pour objectif un partage de valeurs communes avec autrui.


Ainsi en fonction des situations, nous allons nous présenter de manière différente, soit présenter notre « Soi authentique » (Jourard, 1964⁠) , soit présenter notre « Soi stratégique » (Schlenker, 1980). Participer à une soirée avec notre groupe d’amis n’aura pas les mêmes attendus qu’un entretien d’embauche face à un inconnu ou nous allons mettre en place des stratégies pour convaincre notre interlocuteur (« je vais mettre un costume alors que ce n’est pas dans mes habitudes », « je vais faire attention à adopter un langage plus soutenu qu’à l’accoutumé », etc.).

L’adoption d’un « Soi authentique » ou un « Soi stratégique » est variable en fonction des personnes et de leurs attentes. Schématiquement, les personnes possédant ce qui est appelé un « monitorage de soi élevé » auront des facilités à décoder ce qui est socialement demandé et recherché et seront en mesure d’ajuster leurs attitudes et leurs comportements. Les personnes possédant un « monitorage de soi faible » chercherons quant-à elles à agir en fonction de leurs choix personnels, de leurs attentes, de leurs actions afin de rester conforme à l’idée qu’elles se font d’elles-même.


L’identité d’une personne est donc liée à différents statuts et différents rôles, notre concept de soi, notre identité est lié aux autres, à nos interactions (Cooley, 1902 ; Vallerand, 199⁠3 et répondre à la question « Qui suis-je » est donc très complexe.

En général, nous allons dans un premier temps avoir tendance à nous identifier en fonction de grandes catégories, largement partagées : « Je suis un homme ou femme », « Je suis Français.e ou de telle nationalité », « Je vis dans telle commune », avant de commencer à préciser notre position à des degrés de plus en plus particuliers : « Je suis étudiant.e », « Je suis membre d’un club de sport », « Je suis musicien » pour finalement nous attribuer des caractéristiques qui nous sont propres : « Je suis ambitieux.se », « Je suis de nature optimiste ». Les caractéristiques suivent un entonnoir, de plus communément partagé, au plus individuel.

Le milieu dans lequel nous évoluons va en effet impacter la perception que nous avons du monde, nos représentations sociales. Notre langue maternelle est porteuse de sens, de concepts qui vont forger nos représentations, notre milieu sociale géographique va également conditionner notre rapport au monde.


Ce bref billet n’est qu’un tout petit aperçu des différentes théories qui interrogent cette question dans le champ de la psychologie. L’individu est à l’interface entre l’individuel et le collectif, entre ses aspirations intimes et les statuts et rôles sociaux qu’il doit alterner en permanence (parent ou enfant, salarié ou chef d’entreprise, président.e d’une association, membre influent de son groupe d’amis, débutant dans son cours de solfège, etc.), il est donc important de ne pas entrer en conflit entre ses différents Soi et de maintenir l’équilibre entre nos aspirations intimes et les attentes sociales et sociétales.



Mead, G. H. (1934). Mind, Self, and Society. Ed. by Morris, CW. University of Chicago Press, IL.

Jourard, S.M. (1964). Jourard Self-disclosure: An experimental analysis of the transparent self. Wiley, New York.

Schlenker, B. R., Forsyth, D. R., Leary, M. R., & Miller, R. S. (1980). Self-presentational analysis of the effects of incentives on attitude change following counterattitudinal behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 39(4), 553–577.

Cooley, C. (1902). Human Nature and the Social Order, Scribner's, NY, pp.179 - 185.

Vallerand, R. J. et Thill, E. E. (1993). Introduction à la psychologie de la motivation. Laval : Éditions Études Vivantes.